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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 17:31

Pakistan_briqueterie.jpg

 

L’Inde, la Chine et le Bangladesh n’ont pas l’exclusivité du travail captif, que d’aucuns assimilent à l’esclavage moderne.
 
Au Pakistan, Ranjhan a passé quarante ans à travailler dans une briquèterie, soumis et inféodé à son employeur par une dette que son maigre salaire ne suffira jamais à éponger. Ils sont plus de deux millions de Pakistanais à être dans des situations comparables, proches de l’esclavage.
 
Cette forme de travail captif a beau être illégale, celui-ci perdure : chaque année, des milliers d’enfants y sont aspirés par les prétendues dettes de leurs parents.
 
Dans une usine à ciel ouvert de la banlieue de Hyderabad, à quelque 150km au nord de Karachi, des enfants charrient de l’argile et en garnissent de longues rangées de moules à briques parallélépipédiques. Au-dessus de leurs têtes, de hautes cheminées crachent les volutes de fumée qui s’échappent des fours où les briques seront cuites.
 
C’est l’environnement dans lequel vit Ranjhan depuis qu’il est enfant. Il explique : « J’ai passé les quarante dernières années, ou à peu près, dans ce milieu, d’usine en usine. » Il travaille sept jours sur sept à faire marcher le four à houille où sont cuites les briques. Un mille de briques lui font théoriquement gagner un peu moins de 2€. Théoriquement, car en fait c’est son patron qui empoche sa paye pour se rembourser d’un emprunt que Ranjhan a fait.
 
« J’ai emprunté 40 ou 50 000 Roupies [soit de 525 à 655€] pour acheter de quoi manger à mes enfants. Je ne pourrai jamais les rembourser avant ma mort. Ma dette mourra avec moi », explique-t-il. Ranjhan a trois enfants.
 
D’après l’organisation australienne Walk Free Foundation, le Pakistan est le troisième pays du monde à pratiquer l’esclavage moderne. Les deux premiers sont l’Inde et la Chine. Les principales formes de travail concernées sont la fabrication de briques et les travaux agricoles.
 
Et la condition d’esclave des temps modernes tend à être héréditaire. Les parents de Ranjhan avaient vécu comme lui. Leur dette ? Des achats de nourriture, des dots, des visites à l’hôpital. Les raisons ne manquent pas pour les pauvres bougres d’aller taper à la porte de leur patron pour qu’il leur prête un peu d’argent – en échange de leur liberté pour le reste de leur vie.
 
Car une fois que l’ouvrier est tombé dans le piège, le margoulin ne manque pas d’astuces pour prolonger les traites jusqu’à la mort : intérêts, frais administratifs, frais de logement, cantine, tout se paye et grève d’autant les remboursements que les ouvriers esclaves peuvent faire. Tout ce qu’ils gagnent va à leur patron, qui en retour leur assure un minimum vital : un toit, de la nourriture (souvent réduite à du pain, du sucre, des oignons et des lentilles), et qui garde le reste. Les soumis n'ont pas intérêt à se révolter, sous peine de tout perdre.
 
De petits syndicats essayent d’améliorer leur sort, demandant à ce que le salaire minimal soit porté à 5€ par journée de travail, ce qui leur donnerait l’espoir de pouvoir échapper un jour à la spirale infernale de la dette. Les résultats sont encore maigres : les salaires ont été très modestement relevés, les ouvriers sont connus par leur nom (auparavant, ils n’étaient qu’un numéro), mais aucun n’a été libéré de l’emprise de son patron.
 


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Published by Dom Bosco - dans Droits de l'homme
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