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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 06:54

Danjiangkou.JPG

 

Dans quelques jours, les eaux du nouveau barrage de Danjiangku dans la province chinoise du Hubei vont commencer à alimenter Pékin en eau.
 
Quelque 330 000 habitants des villages du Hunan et du Hubei qui ont été noyés par le lac ont été expropriés et relogés 150 ou 300km plus loin. Les autorités leur avaient promis une vie meilleure, loin des vieilles demeures de leurs ancêtres.
 
Mais beaucoup ont dû déchanter : après avoir dû charger tous leurs biens sur des camions par un matin particulièrement pluvieux, il y a trois ans, ils se sont installés dans des maisons de béton, toutes identiques et alignées comme à la parade, groupées en ce qu’on appelle les nouveaux villages.
 
Ces maisons ont été bâclées : plusieurs sont déjà fissurées, l’eau goutte par les fissures du plafond, les sols sur lesquelles elles ont été bâties n'étaient pas stabilisés. Et pour les habitants, il n’y a d’autre alternative à l’agriculture que le chômage – sans allocation. Les indemnités d’expropriation ne couvrent pas les pertes subies, et souvent ces indemnités n’ont même pas été versées…
 
Le projet d’accaparement des eaux au profit de Pékin date de l’époque de Mao Tsé-toung, il y a plus de 60 ans. Et depuis, force est de constater que le petit peuple est tout autant méprisé par les cadres du Parti.
 
Le gouvernement chinois attend de ce nouveau barrage qu’il permette d’acheminer à Pékin un milliard de mètres cubes d’eau chaque jour (ce qui représente, pour fixer les idées, 20 fois le débit de la Seine à Paris, et plus de 6 fois celui du Rhône en Arles…).
 
Le nord de la Chine (où se trouve Pékin, dont le nom chinois Beijing signifie précisément « capitale du Nord ») abrite la moitié de la population chinoise mais ne recèle qu’un cinquième de ses ressources en eau. D’où l’idée scientifique du Parti d’aller chercher l’eau là où elle se trouve et de l’acheminer là où le Parti en a besoin, à travers 1264 km de pipeline (autant prendre l’eau de la Belgique et l’acheminer en Espagne…). Et tant pis pour les paysans lésés.
 
Quatre des « nouveaux villages » ont été construits sur la commune de Nanyang. Les autorités assurent que tout s’y passe bien, à part quelques cas particuliers suffisamment rares pour rester gérables. Elles reconnaissent toutefois qu’il y a eu quelques cas où l’argent des relocalisations a été détourné.
 
Les habitants de ces villages ne sont pas convaincus que les détournements aient été l’exception : la corruption des cadres du Parti a pompé l’argent des subventions plus sûrement qu’un buvard absorbant une tache d’encre. Plusieurs de ces habitants constatent que l’exploitation agricole (d’environ 700m², ce qui correspond à une micro-exploitation) qu’on leur a donnée ne leur permet pas de vivre aussi bien qu’avant. Et le « salaire » de 600 Yuans annuels (ce qui ne fait jamais que 6,60€/mois…) ne leur sera versé que pendant 20 ans.
 
Poliment et prudemment, ces néo-villageois font remarquer que la politique du Parti est bonne, mais qu’elle est mal appliquée localement.
 
Une vieille femme commente plus laconiquement : « Qu’on soit content ou pas, ça n’a pas d’importance. C’est la politique nationale. Quand ça tombe sur nous, notre satisfaction ne compte pas. »
 
Qu’est-ce que la vie de 330 000 individus face au reste de la population ? À peine 2,5% de cette population. Pas de quoi amener le Parti à prendre leur avis en compte. À Danjiangku, on n’est ni à Sivens ni à Notre-Dame-des-Landes.
 


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Published by Dom Bosco - dans Actualité
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