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4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 12:04

Nicaragua_canal_Wang_Jing.jpg

 

Le magnat chinois Wang Jing, à la tête du groupe HKND (Hong Kong Nicaragua Canal Development Investment Co.) qui doit assurer la maîtrise d’ouvrage du chantier, n’a rencontré Daniel Ortega pour la première fois il y a trois ans, en Chine, à l’occasion d’un meeting entre pontes du Parti Communiste Chinois et sommités nicaraguayennes.
 
Le canal interocéanique n’est pas le seul investissement de Wang Jing (photo en médaillon) au Nicaragua. Depuis 2013, profitant de ses bonnes relations avec le régime, sa société de télécommunications Beijing Xinwei a décroché plusieurs contrats de téléphonie et d’Internet.
 
Sa fortune est aujourd’hui estimée à 6,4 milliards de Dollars, soit cinq fois plus qu’il y a un an, grâce à la fusion de son groupe avec une entreprise de télécommunications de Shanghai. Mais personne ne sait si ce milliardaire aux hormones est un génie de l’entreprenariat ou un homme de paille, une façade, de Beijing pour prendre pied en Amérique Centrale. Peut-être est-il les deux à la fois ;
 
Car en termes de géopolitique, il est évident que le creusement du canal renforcera l’emprise chinoise sur l’Amérique Latine. Les échanges commerciaux entre la Chine et ce continent sont passés de 12 milliards de Dollars en 2000 à quelque 250 milliards en 2012. La Chine est un gros client des pétroles vénézuéliens, des minerais, du gaz et du pétrole brésiliens. Le Canal du Nicaragua permettrait à des super-tankers chinois (qui restent à construire) d’acheminer à moindre coût toutes ces matières vers la Chine. On parle de tankers capables de transporter 2,3 millions de barils chacun, bien trop gros pour passer par le Canal de Panama.
 
Mais ce n’est pas tout. La concession de 100 ans que Wang Jing a obtenue du Nicaragua lui donne carte blanche pour aménager non seulement la future autoroute maritime interocéanique, mais aussi deux ports en eaux profondes, une zone franche, un aéroport, des cimenteries et des usines d’explosifs (nécessaires au chantier du canal), une centrale électrique et des hôtels de standing. En cas de retards dus à des manifestations d’opposants ou à des problèmes juridiques, HKND sera indemnisée. Mais si le projet de canal venait à être abandonné, le Nicaragua ne toucherait pas un centime de compensation.
 
La concession de 100 ans prévoit que HKND, ses filiales et ses sous-traitants sont exemptés de taxes et qu’ils sont autorisés à agir en dehors du cadre légal nicaraguayen. La Constitution du pays a été réécrite de manière à rendre impossible toute contestation de la concession.
 
Mais au-delà de ces clauses extravagantes du contrat qu’a obtenu HKND, clauses qui suffisent à faire planer un doute énorme de corruption sur l’entourage du président Daniel Ortega, ce qui choque le plus les petits paysans nicaraguayens, c’est que les Chinois de HKND ont le droit de les exproprier comme bon lui semble, en échange d’une indemnisation basée sur la valeur cadastrale des biens saisis, valeur qui ne représente qu’une fraction du prix réel des biens, et ce sans aucune possibilité d’appel de la part des spoliés.
 
Il n’est pas sûr que ce genre d’arrangement avec le régime nicaraguayen fasse bien accepter l’arrivée des Chinois par le petit peuple nicaraguayen, et notamment par les sandinistes qui ont profité de la redistribution des terres qui a suivi la révolution. Pour certains de ces sandinistes, le projet du canal est tout simplement contre-révolutionnaire.
 
HKND a prévu commencer le percement du canal en ce mois de décembre 2014.
 
Le montage financier de HKND n’est pas des plus clairs. Une quinzaine de sociétés y participent de près ou de loin : une basée au Nicaragua, cinq aux îles Cayman, sept aux Pays-Bas, une à Hong-Kong et une en Chine (la Beijing Dayang New River, également engagée dans un projet portuaire en Crimée). Ce montage opaque laisse penser que Beijing avance masquée derrière HKND pour faire prévaloir ses vues sur l’Amérique Centrale.
 
Un communiquant de HKND a récemment expliqué que son groupe était en train de négocier avec des investisseurs de Chine, d’Europe, d’Asie, d’Amérique Latine et d’Amérique du Nord, mais s’est refusé à citer des noms ou à confirmer le rôle supposé de Beijing dans ce projet.
 
Reste à savoir si le chantier pourra être mené à terme, notamment en cas de problème technique, de dérive prévisible des coûts ou de changement de régime au Nicaragua ou en République Populaire de Chine.
 
Et si le canal voit le jour, il restera à savoir s’il est viable. La société britannique ERM, spécialiste en analyse de risque et en études amont, a été sollicitée par HKND et doit rendre ses conclusions en décembre – au moment même où le chantier doit commencer et en violation flagrante de la loi nicaraguayenne (ces conclusions auraient dû être publiées avant la décision de lancer le projet).
 
Le groupe Centro Humboldt a mené une contre-enquête indépendante, en appliquant les méthodes que le Ministère de l’Environnement aurait utilisées si les Chinois n’avaient pas imposé de faire son travail à sa place. Cette étude a conclu que le canal n’était pas viable à long terme, notamment parce que le Lac Nicaragua n’aurait plus assez d’eau en 2039 pour continuer à remplir le lit du canal…
 
Miracle économique, scandale environnemental, ruine annoncée d’un pays déjà parmi les plus pauvres des Amériques, corruption sans précédent ? L’avenir du canal semble encore incertain. Et il pourrait être entre les mains des sandinistes du FSLN (Frente Sandinista de Liberación Nacional, Front sandiniste de libération nationale), alliés cette fois aux nouveaux Contras, les contre-révolutionnaires qu’ils ont combattu jadis.

 

Sur place, il se dit que les armes circulent déjà parmi la population, pour se défendre contre les Chinois et contre l'armée nicaraguayenne qui les protège…

 




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Published by Dom Bosco - dans Actualité
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