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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 06:17

Nicaragua_canal_FSLN.jpg

 

Nombreux sont ceux qui ont cru que le creusement du Canal du Nicaragua ne commencerait jamais. Et maintenant que le chantier va commencer, ils se demandent comment ce chantier finira. D’autres en appellent aux armes pour y mettre un terme.
 
Une manifestation d’opposants au projet a été organisée à Tolesmaida, sur la rive sud-ouest du majestueux lac Nicaragua. Ces opposants n’étaient pas issus de la mouvance écologiste. Beaucoup étaient d’anciens fidèles du président Daniel Ortega du temps où il combattait au sein de la junte du FSLN (Frente Sandinista de Liberación Nacional, Front sandiniste de libération nationale) qui a renversé le président Somoza en 1979. Ils l’avaient suivi quand les Sandinistes ont tenté d’instaurer une dictature nicaraguayenne sur le modèle cubain. Ils l’avaient défendu dans la guerre contre les rebelles Contras, formés et armés par la CIA dans les années 1980. Et quand il a transformé le FSLN en parti politique qui lui a permis de se faire élire président, ils étaient encore derrière lui.
 
Mais aujourd’hui ces sandinistes sont furieux : le projet du canal interocéanique va les évincer de leurs terres.
 
Maria Duarte, une ancienne combattante sandiniste de 72 ans qui a accompagné le mouvement révolutionnaire depuis le début, déchante : « Tout est fini entre Daniel et nous. On le considérait comme notre fils, mais il nous a trahis, il nous a vendus aux Chinois ! Quelle barbarie ! C’est scandaleux ! »
 
Elle possède une petite exploitation sur laquelle elle élève du bétail et cultive des haricots, du maïs, des bananes et des oranges. Elle n’est pas riche mais, droite dans ses bottes, elle tient à son mode de vie et à la petite exploitation qui fait vivre sa famille. Les sept cents familles qui habitent la campagne autour de Tolesmaida vivent de la même manière et son fières que la révolution sandiniste ait mis leurs lopins à l’abri des grands propriétaires fonciers et des spéculateurs.
 
Entendre ces bénéficiaires des programmes sandinistes de redistribution des terres tirer à boulets rouges sur Daniel Ortega et dénoncer l’accaparement des terres dont ils l’accusent n’est pas sans rappeler les premiers élans du FSLN… contre son leader historique.
 
Long de 280 km et large de 450 m, le canal va coûter 50 milliards de dollars – et ce n’est qu’une estimation initiale, qui va probablement exploser au fil des ans. D’abord considéré comme une chimère, il réveille à présent les rancœurs au fur et à mesure que la date du début du chantier approche.
 
Le creusement du canal doit commencer avant la fin du mois de décembre 2014, ce qui signifie que les premières expulsions de paysans et les premières destructions de villages entiers vont commencer incessamment. Le canal est prévu traverser le lac Nicaragua (la plus grande étendue d’eau douce d’Amérique Centrale) et forcer l’expulsion de quelque 300 communautés, dont des tribus d’indiens Rama et de Créoles installées sur des territoires censés être protégés le long de la côte Caraïbe.
 
Les néo-révolutionnaires accusent Daniel Ortega d’avoir bradé la souveraineté nicaraguayenne en accordant au magnat des télécommunications chinoises Wang Jing et à son groupe HKND (Hong Kong Nicaragua Canal Development Investment Co.) une concession de 100 ans sur de vastes portions du pays.
 
Ils sont des milliers, issus de tous les horizons politiques du Nicaragua, à être descendus dans les rues pour exiger la démission d’Ortega et l’expulsion des Chinois. Et nombreux sont ceux qui ont appelé à reprendre les armes.
 
« Nous savons nous battre », prévient Maria Duarte. « Nous sommes des sandinistes, pas des Orteguistes, nous sommes prêts à mourir pour défendre nos terres. » Tout un programme.
 
De l’autre côté du lac, dans la région d’élevage de Quebrada Seca, plusieurs familles expliquent qu’elles ont été intimidées et manipulées par les experts chinois qui sont venus, escortés par des policiers et des soldats nicaraguayens armés, pour estimer la valeur des biens dont ils vont être expropriés.
 
HKND a beau nier toute pression et toute magouille, les éleveurs ne changent pas d’avis : « Nous ne souhaitons pas combattre nos frères nicaraguayens, mais si Ortega nous envoie l’armée nous la combattrons pour protéger nos terres », explique José Jesús Ramírez, un fermier de 33 ans. « C’est une crise, et nous en appelons à la communauté internationale pour qu’elle nous envoie des armes pour nous défendre, comme dans le passé. » Son village était au cœur d’une zone de largage des armes américaines à l’époque des Contras…
 
Le Nicaragua est le plus grand pays de l’Amérique Centrale, et il est fier à juste titre de sa biodiversité, de ses paysages, de ses quarante volcans, de ses luxuriantes côtes Caraïbe et Pacifique, de son plateau central qui n’est pas sans rappeler les steppes d’Afrique, et de ses lacs. C’est aussi un des pays les plus sûrs de la région.
 
Mais en contrepartie ses six millions d’habitants sont parmi les plus pauvres de l’Amérique Centrale : un quart d’entre eux vivent avec moins de deux dollars par jour, ce qui explique sans doute leur attachement viscéral à la terre qui les fait vivre.
 


 

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Published by Dom Bosco - dans Actualité
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